Histoire de la ferme du chapitre Notre-Dame

Au moyen âge, le village de Rungis appartenait à l’abbaye Sainte-Geneviève, et au chapitre Notre-Dame.

La cathédrale de Paris possédait cette ferme avec ses terres depuis le XIIème siècle. Jehan de Blois, chanoine de Paris y fit construire une belle demeure dont il reste des murs massifs flanqués de contreforts et percés de meurtrières que l’on peut encore apercevoir depuis la rue du Belvédère, à l’arrière de la chapelle. Elle fut vendue comme biens nationaux le 27 janvier 1792.

La ferme et ses 300 hectares passent alors définitivement dans des mains laïques.
L’un des propriétaires illustres fut Cambacérés, un neveu du deuxième consul sous Napoléon qui fut rédacteur du code civil. Il entreprit de gros travaux dans la ferme et notamment la construction d’une grange dont on observe un pignon en pierre donnant sur la rue Notre-Dame.

Un buste en marbre de Cambacérés a été retrouvé derrière la ferme dans l’étang du parc, aujourd’hui comblé.

Au XIXème siècle, la ferme devient la propriété de la famille Coquillard dont l’une des filles épouse Achille Thirouin, qui possédait une ferme à Lisses. Achille Thirouin devient ainsi le propriétaire de la ferme. De cette union naquirent deux enfants dont Marcel Thirouin qui reprend la direction de la ferme, son autre frère s’occupant de la ferme de Lisses.
La ferme était la plus importante de Rungis car elle comptait 20 chevaux menés par 4 charretiers.

Elle se compose d’une bergerie, de granges et de bâtiments de ferme dont l’un fortifié date du XIIème siècle. A la fin du XIXème siècle, la ferme était équipée de sa propre forge, de granges et d’un bâtiment d’habitation. L’exploitation comptait 230 ha de terres agricoles.
Le couple Thirouin n’ayant pas eu d’enfants, Mr Marcel Thirouin donne en 1952 une partie des bâtiments de sa ferme à une communauté bénédictine installée à l’Hay-les Roses pour en faire un noviciat.

Le bâtiment d’habitation fut transformé en prieuré (prieuré Saint-Grégoire) et la bergerie devient une chapelle consacrée le 18 avril 1959 (chapelle Saint-Grégoire). On peut y admirer des vitraux représentant les 4 évangélistes. Le clocher a été édifié par un des « Castors du Fief », Auguste Thoumazet, maître charpentier et Compagnon du Tour de France. La cloche de l’ancienne église y a été installée. Cette cloche porte une effigie de Sainte Barbe et une inscription qui nous indique la date de sa fabrication : « l’an mil cinq cent soixante » « je feus faicte et feu nommée Noëlle ».Classée monument historique en 1931, elle a été donnée au prieuré en 1961 sous réserve « qu’elle sonne les heures glorieuses de la Patrie », ce qu’elle ne fait plus depuis le départ des Bénédictins.

Marcel Thirouin, bienfaiteur de la ville de Rungis

En 1908, Marcel Thirouin prêtera à la commune une somme de 2000 F pendant 3 ans, sans intérêts pour qu’elle obtienne le raccordement au réseau téléphonique.
Marcel Thirouin sera élu comme premier adjoint au Maire à une forte majorité de1923 jusqu’en 1944. Il est intervenu souvent pour aider les personnes nécessiteuses. Après la fermeture de l’église pour cause de vétusté, il prêtera pendant cinq ans l’une de ses granges pour que les offices y soient célébrés. Il fit don d’un de ses terrains afin de créer une cour de récréation pour l’école primaire. Il réserve deux lits dans un hôpital parisien pour des habitants de Rungis, la sécurité sociale n’existant pas encore à cette époque.
Marcel Thirouin qui devient pilote de chasse pendant la première guerre mondiale, se distingue par quatre victoires confirmées en particulier sur le front de Serbie. En mai 1916, il est décoré de la légion d’honneur, puis affecté à la réserve, il devient capitaine en juillet 1925.
Il fit l’acquisition d’un petit avion dénommé « pou du ciel », conçu par Henri Mignet qui l’a présenté en 1934 lors du 14ème salon de l’aéronautique.
L’avion était garé dans l’une de ses granges et un terrain situé au nord de la commune, à l’est de la route de Fontainebleau (nationale 7) lui servait de piste d’envol.
Marcel Thirouin décède en 1969 à l’âge de 85 ans.
A la suite du transfert du cimetière communal, de la démolition de la nef de l’ancienne église et de la suppression de l’abri de la pompe à incendie, un espace s’est libéré devant la ferme.
En 1970, Madame Thirouin obtient qu’en souvenir de son mari, on appelle cet espace « Place Marcel Thirouin ».

L’ancienne église

A l’entrée de Rungis, derrière un massif de fleurs, on peut voir la base du clocher de l’ancienne église Notre-Dame qui datait du XIIème siècle. Une grande partie de l’édifice a été rebâtie en 1780 mais de nouveaux travaux s’imposent en 1826 et après le conflit de 1870. Le plafond du chœur est remplacé par une voûte en plâtre. Après des réparations au clocher réalisées en 1891, il fut décidé en 1908 de démolir l’église en raison de son état de délabrement.

L’église contenait des meubles, des ornements et un autel retable que l’on peut retrouver dans la chapelle Saint-Grégoire toujours existante.

Le devenir de la ferme

Aujourd’hui, la mairie est devenue successivement propriétaire, des bâtiments d’habitation le long de la rue Notre-Dame (anciens établissements de l’entreprise « Tuille »), du prieuré, des anciens bâtiments attenants dont ceux du XIIème siècle et de la grange qu’il serait question de démolir au profit de la construction du futur conservatoire de danse et de musique.
L’ancienne maison « Tuille » a servi d’habitation. Elle possède des murs très épais et de grosses poutres en chêne. Achetée lors du mandat municipal de M. Charve, aucune utilisation ne lui encore été trouvée.

La grange dont un pignon est visible rue Notre-Dame est construite en pierre avec des contreforts intérieurs et une charpente en bon état. Elle offre d’un seul tenant sans aucun pilier central une surface utile d’environ 500m². Dans un premier temps, la mairie souhaitait la réutilisée dans le cadre de la réalisation du conservatoire. Une partie de cette grange avait été utilisée par l’entreprise « Tuille » pour l’entretien de ses camions. Elle sert aujourd’hui au stockage de matériaux et de mobilier urbain pour les services techniques.

Le prieuré avait servi de refuge dans les années 1970-1980 aux jeunes vietnamiens  rescapés de la guerre du Vietnam et regroupés dans l’association Enfants du Mékong. Il doit être prochainement réhabilité au profit de l’association « Simon de Cyrène » qui s’occupe d’handicapés physiques. Des pavillons adaptés au logement de ces personnes seront construits dans le parc.

La chapelle Saint-Grégoire appartient à une association religieuse. Elle aurait besoin d’une rénovation et notamment son clocher en bois fragilisé par le temps.

Ce texte a été écrit d’après les documents publiés par la SHAR ainsi que certaines photos suivantes
Peinture réalisée par Benjamin Damman exposée à la mairie, représentant la grange de la ferme du chapitre Notre-Dame, derrière la queue du cheval, les bâtiments constituant l’ancienne ferme Cambacérés et l’église dont il ne reste aujourd’hui que la base du clocher.

Peinture réalisée par Benjamin Damman exposée à la mairie, représentant la grange de la ferme du chapitre Notre-Dame, derrière la queue du cheval, les bâtiments constituant l’ancienne ferme Cambacérés et l’église dont il ne reste aujourd’hui que la base du clocher.

 

Peinture réalisée par Benjamin Damman exposée à la mairie, et représentant une partie de la ferme de M. Coquillard. Chaque matin, une charrette prenait le départ des principales fermes pour livrer à Paris la paille et le foin pour les vaches et les chevaux de la capitale. Au retour les charrettes étaient chargées de fumier. Le petit toit au-delà des chevaux abritait la forge de la ferme.

Peinture réalisée par Benjamin Damman exposée à la mairie, et représentant une partie de la ferme de M. Coquillard. Chaque matin, une charrette prenait le départ des principales fermes pour livrer à Paris la paille et le foin pour les vaches et les chevaux de la capitale. Au retour les charrettes étaient chargées de fumier. Le petit toit au-delà des chevaux abritait la forge de la ferme.

 

Ancienne église avant sa destruction et remise contenant la pompe à incendie - Catre postale vers 1910, représentant, attenant à l'église, les bâtiments de la ferme de Mr Coquillar. Derrière le personnage l'entrée principale de la ferme.

Ancienne église avant sa destruction et remise contenant la pompe à incendie – Catre postale vers 1910, représentant, attenant à l’église, les bâtiments de la ferme de Mr Coquillar. Derrière le personnage l’entrée principale de la ferme.

 

Adjudant Marcel Thirouin, premier à gauche, sous-officier pilote de l’escadrille MF 99S équipée  d’avions Maurice Farman.

Adjudant Marcel Thirouin, premier à gauche, sous-officier pilote de l’escadrille MF 99S équipée d’avions Maurice Farman.

 

Visite du régent Alexandre de Serbie à l’escadrille MF 99S stationnée à Scutari en décembre 1915.

Visite du régent Alexandre de Serbie à l’escadrille MF 99S stationnée à Scutari en décembre 1915.

 

Vue actuelle depuis la rue Notre-Dame du pignon de la grange et des bâtiments de la ferme dont l’un fut occupé autrefois par l’entreprise « Tuille » qui utilisait la grange comme atelier d’entretien de ses camions.

Vue actuelle depuis la rue Notre-Dame du pignon de la grange et des bâtiments de la ferme dont l’un fut occupé autrefois par l’entreprise « Tuille » qui utilisait la grange comme atelier d’entretien de ses camions.

 

Vue d’ensemble de la chapelle Saint-Grégoire avec son clocher en bois, entrée de la place Marcel Thiroin et au fond, vue sur le prieuré.

Vue d’ensemble de la chapelle Saint-Grégoire avec son clocher en bois, entrée de la place Marcel Thiroin et au fond, vue sur le prieuré.

 

Vue actuelle du prieuré et du bâtiment du XIIème siècle destiné à l’hébergement des moines bénédictins. (1/2)

Vue actuelle du prieuré et du bâtiment du XIIème siècle destiné à l’hébergement des moines bénédictins. (1/2)

 

Vue actuelle du prieuré et du bâtiment du XIIème siècle destiné à l’hébergement des moines bénédictins. (2/2)

Vue actuelle du prieuré et du bâtiment du XIIème siècle destiné à l’hébergement des moines bénédictins. (2/2)

 

Vues de l’intérieur de la grange menacée de démolition. (1/2)

Vues de l’intérieur de la grange menacée de démolition.

 

Vues de l’intérieur de la grange menacée de démolition. (2/2)

Vues de l’intérieur de la grange menacée de démolition. (2/2)

 

Y. Meunier, avril 2015